Des Barbes bleues
La Barbe bleue.
Philippe Fauconnier en répétition
Une répétition
Par Anne-Gaëlle Bergé
Dans le cadre du projet Europa, nous sommes allés assister à une répétition ouverte du spectacle Des Barbes bleues, proposé par la compagnie José Manuel Cano Lopez, le mardi 23 octobre de 14h à 16h30.
La pièce est jouée par Philippe Fauconnier, intermittent du spectacle, et mise en scène par José Manuel Cano Lopez.
Cette répétition consistait en un filage arrêté: l'acteur devait jouer la pièce dans toute sa longueur et pouvait être arrêté par le metteur en scène à tout moment pour modifier le jeu de scène ou le ton de telle ou telle expression. Cela permet de travailler les détails après les deux semaines de répétition.
Etant donné qu'il s'agissait de la première répétition dans la salle de représentation, José Manuel et le comédien ont commencé par marquer les repères au sol pour situer les différents éléments, pour l'instant fictifs, du décor. De leur côté, les techniciens (Lionel Moinereau et Alberto Cano) ont fait les "raccords son". Le décor sera composé de trois vasques transparentes, d'un lit et de deux mannequins dans lesquels Philippe Fauconnier rentrera pour incarner soit Barbe Bleue soit son épouse ou encore, à la fin, l'oiseau d'Ourdi.
La pièce reste vraiment fidèle aux différentes versions de Barbe Bleue et celle de l'oiseau d'Ourdi. José Manuel a choisi ce thème car il est intéressé par le travail de la mémoire dans l'univers théâtral mais aussi par l'enfance. Il dit aussi adorer faire peur aux enfants.
Philippe Fauconnier joue aussi le clown dans les hôpitaux pour enfants. Pour la pièce, il a appris 45 minutes de texte en trois jours et grâce à la gestuelle il mémorise beaucoup mieux le texte. Pour s'entraîner, il récite le texte le plus vite possible (italienne).
L'Oiseau d'Ourdi
Philippe Fauconnier en répétition
Le célèbre conte revisité
Par Roselyne Chen
Des Barbes Bleues d'après Charles Perrault, Jacob et Wilhelm Grimm, mise en
scène de José Manuel Cano Lopez. Du 17 au 27/4 au Plessis Théâtres à Tours
(02 47 38 29 29).
Au château du Plessis, ancienne demeure du roi Louis XI, en ce samedi soir,
les gens se bousculent pour assister à la représentation. La petite salle de
spectacle est vite remplie. C'est bon, le public est installé, prêt à
assister à la représentation, le spectacle peut commencer.
On constate un petit contretemps, en effet, la pièce débute avec dix minutes
de retard environ, le plaisir se ferait-il attendre?...Enfin les lumières
s'éteignent, c'est le "lever de rideau", on entend les derniers chuchotements
qui s'éteignent pour enfin faire place au silence. Plongée dans le noir, la
salle attend, impatiente.
Les jeux de lumière de Alberto Cano ne tardent pas à faire leur entrée. Au
fond de la scène, deux mannequins: Barbe Bleue et la jeune mariée. Au premier
plan, trois vases, contenant respectivement de l'eau claire, de l'eau rouge,
et une tête de poupée. On ne comprend leur signification que plus tard.
Comme par magie, le premier vase "s'illumine", la musique, naïve et enfantine
se met en route. Un comédien, le seul, commence alors la narration du premier
récit.
Philippe Fauconnier tente tour à tour de se mettre dans les peaux de Barbe
bleue, de son épouse, de la soeur Anne, des deux frères...il y parvient avec
une grande justesse, devenant alternativement doux et bon ou bien, au
contraire, effrayant et coléreux, ceci, simplement en se faufilant dans un
mannequin. Il réussit à nous berner, on pourrait presque penser que
différents interprètes sont sur scène avec lui. Son expression corporelle,
notamment ses prestations de danseur sont tout aussi impressionnantes. Les
spectateurs sont ravis.
On retrouve avec plaisir la fameuse phrase qui nous a tous fait frissonner
durant notre enfance, et ici, dite avec tellement de conviction, qu'on en
frissonne encore...: "pour cette petit clé-ci [...] je vous défends d'y
entrer et je vous le défends de telle sorte que s'il vous arrive de l'ouvrir,
il n'y a rien que vous ne devriez attendre de ma colère..." Philippe
Fauconnier le tonne à faire trembler.
Ou bien encore, cette scène, à la fin du premier récit qui marque encore tous
les esprits. L'acteur nous offre un superbe "ralenti" de la mort de Barbe
bleue mais qui paraît n'en plus finir.
La musique choisie par José Manuel Cano Lopez nous entraîne dans un autre
univers. Musiques lointaines des pays de l' Est, qui mêlent en même temps
tristesse et joie. L'acteur suit parfaitement le rythme.
Une petite comptine vient mettre une touche d'humour après cette version de
Perrault, ce qui fait la joie de tous les spectateurs. En effet, le voix
innocente que prend Philippe Fauconnier pour nous présenter un poème et ses
morales font bientôt rire le public, et on entend la salle se remplir de rire
peu à peu.
C'est ensuite à la version des Grimm d'être revisitée: l'Oiseau d'Ourdi,
histoire totalement différente de la version de Perrault. Les costumes sont
excellents et le choix du décor aussi. Mais ce troisième et dernier récit
devient ennuyeux et lasse, et cela, en dépit du très bon jeu de l'acteur.
"Se laisser délicieusement envahir par les frissons, sentir à nouveau la
chair de poule" : tel était le désir de José Manuel Cano Lopez en mettant en
scène ces trois récits merveilleux. Et c'est un défi gagné, des Barbes Bleues
nous entraînent à nouveau dans le monde fantastique des héros et des monstres
qui peuplaient notre enfance et alimentaient nos peurs bleues...